Inle, terre hospitalière

A une époque où les guerres faisaient rage sur leurs territoires, les inthas ont dû trouver une nouvelle terre d’asile. Déjà à cette époque, les prix de l’immobilier flambaient et les Shan squattaient la place. La seule terre restante, c’était le lac. Dégâts des eaux, humidité, pas de quoi faire rêver un futur locataire, pourtant, les inthas ont signé le bail, à vie.

Vivre, manger, prier

Le lendemain de notre arrivée, nous embarquons à bord d’un long tail pour découvrir le lac. Pour les non spécialistes de l’Asie du Sud-Est, c’est un long canoë en teck propulsé par un moteur de voiture, dont la transmission se fait via un long axe, d’où son nom. Aujourd’hui, c’est jour de marché derrière la Pagode Phaung-Daw U, tout le monde est venu en long tail. A l’approche, ca sent presque l’embouteillage, les places de parking se font rares. Chacun vient faire du commerce, pour acheter ou pour vendre. Au passage, certains en profitent pour coller une feuille d’or sur un des cinq bouddhas sacrés de la pagode. Avec tout le respect qu’on leur doit, ces cinq statues ressemblent plus à des gros tas de…d’or qu’à des bouddhas.

Banalité : les inthas sont un peuple de pêcheurs. Pas banale : les inthas sont un peuple de fermiers. Surtout quand on sait qu’ils cultivent sur le lac, pas sur ses rives ! Avec leurs jardins flottants, ils ont transformé ce milieu peu propice à l’agriculture en pourvoyeur de produits frais pour tout le pays. Les jardiniers traditionnels seraient émerveillés de voir flotter des pieds de tomates, nous, nous le sommes, c’est tellement ingénieux. Mais ils ne s’en contentent pas, dans leurs maisons sur pilotis, tout un artisanat s’est développé. Amarrer la barque pour venir visiter une fabrique de cheerot, d’ombrelles, de bijoux en argent ou de tissus, pour nous c’est une attraction, pour eux leur quotidien. Bien sûr, la communauté n’a pas laissé sa ferveur derrière, même le monastère Nga Phe Chaung est planté sur pilotis au milieu du lac.

Sur leur territoire, il faut s’habituer à voir les inthas faire les choses différemment. Même la pêche devient un exercice artistique. Ramant avec une jambe, debout en équilibre sur l’autre et manœuvrant leurs filets de pêche avec leurs mains restées libres. Leurs longilignes barques, sont les scènes de ce ballet, où chaque geste est maîtrisé, gracieux.

Pindaya, la démesure bouddhiste

Après une journée morose où la pluie ne nous a laissé de répit que pour une petite visite de Nyaungshwe, la ville où nous résidons, et un massage traditionnel intha, nous décidons de partir à la découverte d’une grotte merveilleuse. Située à 2h30 d’Inle, inaccessible en bus, nous n’avons d’autre choix que de la rallier en taxi. A 8h du mat’, un gros 4×4 vient nous récupérer, un gentil monsieur à son volant, le proprio de l’Aquarius Inn, notre guesthouse. Avec Violaine pour troisième larron, la voiture est complète. Sur les terres fertiles de cette région, les exploitations pullulent, les chariots à bœufs chargés de choux encombrent les routes.

En Birmanie, chaque ville ou village a son marché, Pindaya n’échappe pas à la règle. Pour une énième fois, nous nous engouffrons dans les allées à la découverte des produits locaux et spécialités culinaires pas toujours appétissantes. Dans les échoppes, pas d’ombrelles, surprenant car c’est un artisanat typique de la ville. Pour les voir, il faut se déplacer jusqu’à l’atelier. Ici, c’est un art et un savoir-faire précieux, une affaire de famille. Les gestes sont précis, répétés depuis des années, la finition remarquable, nous ne résistons pas.

Mais à Pindaya, le plus impressionnant, c’est sa grotte. A l’intérieur, des milliers de bouddhas, du sol au plafond, partout ! Pas un endroit sans un bouddha doré, lumineux, en marbre ou tout autre excentricité, c’est incroyable, démesuré. Un bouddha ça va, mais 10 000 bonjour les dégâts ! Rien que pour le record,  ça vaut le détour. Après cette escapade, notre gentil taxi driver, nous dirige vers la casbah de son ami chinois pour une longue pause thé. Avec la tonne de petit snacks qu’il met gracieusement à notre disposition, nous faisons presque notre repas du soir.

Sur le chemin du retour, toujours aussi généreux, notre chauffeur offre une pause à la teahouse. Mais dans le pays, la pause thé s’accompagne de fritures bien grasses plutôt que de petits gâteaux délicats. Cette fois c’est certain, notre repas du soir est fait. D’autant que la soirée fut animée. Célia et Violaine ont livré une bataille psychanalytique au grand désarroi de Nico.

A bicyclette…

Pour notre dernier jour, nous pouvons enfin faire la sortie à bicyclette que nous avions prévu. Les abords du Lac hébergent les coteaux de Red Mountain Estate. Fruit de l’association d’un œnologue français et d’un riche birman, ses crus, sans être exceptionnels, sont gouteux, et ça suffit à notre bonheur. Sur notre route vers le Monastère Shwe Yan Pyay, nous faisons halte dans une petite gargote qui a tout d’une grande. Le Lotus Restaurant prépare un poisson grillé à la citronnelle merveilleux, le jus ABC (Avocat Banane Citron), le curry de légumes et la salade de thé qui l’accompagnent ne sont pas mal non plu. Et on ne vous parle même pas du prix, dérisoire compte tenu de la qualité. Pour en finir avec notre escapade à vélo, petit détour par le monastère. Construit en bois, il dégage une aura que n’ont pas les constructions kitsch et tape à l’œil de beaucoup (trop ?) d’édifices religieux en Birmanie. A son côté, un déambulatoire en dur dont les murs sont percés de niches abritant, vous l’aurez devinez, des Bouddhas !

Notre séjour à Nyaungshwe, touche à sa fin. Après une longue attente à l’agence de notre compagnie de transport, notre bus de nuit se pointe, remplit à ras bord. Au milieu de toutes ces marchandises, nos deux gros bagages trouvent difficilement une place. Une fois ceux-ci calés, et nous installés, nous avons tout le loisir de repenser à notre séjour au lac. Devant nous, 10 heures de bus assis sur des sièges taillés pour des asiatiques. Au moins, penser aux pêcheurs et jardiniers inthas nous permet d’oublier le mal aux reins qui nous gagne.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.