{"id":1215,"date":"2012-04-19T15:46:59","date_gmt":"2012-04-19T13:46:59","guid":{"rendered":"http:\/\/notrecarnetderoute.com\/wp\/?p=1215"},"modified":"2012-08-01T23:39:02","modified_gmt":"2012-08-01T21:39:02","slug":"a-la-poursuite-des-cerisiers-en-fleurs","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/notrecarnetderoute.com\/wp\/?p=1215","title":{"rendered":"A la poursuite des cerisiers en fleurs"},"content":{"rendered":"<p>Depuis les contr\u00e9es chaudes du Sud, jusqu\u2019aux confins nordistes du Japon, le Sakura zensen (litt\u00e9ralement front de floraison des cerisiers) remonte tout l\u2019archipel. A kyoto, il n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9, bad luck\u00a0! Plut\u00f4t que de nous apitoyer sur notre sort, nous partons \u00e0 la chasse aux cerisiers en fleurs, dans le Sud, o\u00f9 ils sont ouverts \u00e0 100 %\u00a0!<\/p>\n<p>Dans cette mission nous avons un alli\u00e9, notre Japan Rail Pass, sorte de billet qui nous permet d\u2019emprunter, en illimit\u00e9, les trains de toutes les lignes de la Japan Rail Company (\u00e9quivalent de notre SNCF nationale, mais sans les retards, les incidents de personnes, les trains bond\u00e9s et vieillots, donc en mieux). Install\u00e9s dans les larges si\u00e8ges moelleux du Shinkansen, un train \u00e0 grande vitesse, \u00e0 bord de wagons modernes, propres et silencieux, on \u00e0 l\u2019impression de voyager \u00e0 bord de la Rolls des trains. On le prend, reprend et re-reprend avec \u00e0 chaque fois le m\u00eame plaisir.<\/p>\n<p>Quatre heures de train plus tard et nous voila d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s \u00e0 Suizen-Ji, petite ville de la banlieue de Kumamoto. Pas de pluie, des degr\u00e9s en plus, si avec \u00e7a nos cerisiers ne sont pas \u00e9panouis\u00a0!<\/p>\n<p>Dans notre auberge\u00a0 de jeunesse, on s\u2019attendait \u00e0 un dortoir style routards. \u00d4 surprise, la porte s\u2019ouvre sur une chambre traditionnelle, tatamis, futons, table basse et set \u00e0 th\u00e9, le tableau est complet. Ah non, manque \u00e0 cela le bain japonais\u00a0: des douches assises, s\u00e9par\u00e9es pour les hommes et les femmes, organis\u00e9es autour d\u2019un grand bain central. Dans cette auberge, nous ne croiserons presque personne, si ce n\u2019est \u00e0 l\u2019accueil. Quel plaisir, apr\u00e8s avoir test\u00e9 une \u00e9ni\u00e8me bi\u00e8re japonaise, que de prendre un bain chaud en toute tranquillit\u00e9, un vrai r\u00e9gal.<\/p>\n<p>C\u2019est dans les meilleures dispositions du monde que la visite du ch\u00e2teau de Kumamoto s\u2019annonce. Le soleil est lui aussi de la partie, magnifique. Entour\u00e9 d\u2019un superbe parc, l\u2019auguste s\u2019\u00e9l\u00e8ve au beau milieu des remparts et all\u00e9es parsem\u00e9es de cerisiers pleinement \u00e9panouis, un v\u00e9ritable bonheur pour les yeux. L\u2019harmonie de ses formes, la justesse des couleurs, la beaut\u00e9 de ses toits recourb\u00e9s en font un vrai bijou d\u2019architecture. Tout de blanc et de noir v\u00eatu, on a du mal \u00e0 croire qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une forteresse, ses murs sur\u00e9lev\u00e9s et infranchissables sont l\u00e0 pour nous le rappeler. Les cerisiers roses p\u00e2les l\u2019entourant, ajoutent une note de douceur. Nous faisons d\u2019une pierre deux coups, un\u00a0: nous d\u00e9couvrons un ch\u00e2teau japonais, deux\u00a0: nous sommes enfin abreuv\u00e9s de sakura (cerisiers) en fleurs, quel ravissement\u00a0! Et cet enchantement n\u2019est pas uniquement esth\u00e9tique, l\u2019ambiance qui accompagne la floraison fait aussi partie de notre engouement. Comme les fleurs, on sent les japonais \u00e9panouis. Aux pieds des Prunus serrulata, vous aurez autant de chance de trouver des p\u00e9tales que des nippons en train de pique-niquer, ce n\u2019est pas noir de monde mais presque. C\u2019est \u00e0 cet enthousiasme que l\u2019on mesure la port\u00e9e de cet \u00e9v\u00e8nement\u00a0: c\u2019est une f\u00eate nationale. Histoire de ne pas d\u00e9noter, nous aussi donnerons dans le pique-nique, la version plus franchouillarde avec bi\u00e8re et chips, peu importe le flacon, pourvu qu\u2019on ait l\u2019ivresse.<\/p>\n<p>Chaque exp\u00e9rience est un souvenir que nous ajoutons \u00e0 notre album, celui de la conjonctivite en est un autre\u00a0! Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, vraiment pas grand-chose \u00e0 signaler cot\u00e9 sant\u00e9, un nez qui coule, un petit rhume, des courbatures, un peu mal au dos, bref, pas de quoi tirer un sc\u00e9nario pour \u00ab\u00a0Urgences\u00a0\u00bb et le petit Georges. Heureusement, Nico a trouv\u00e9 le moyen de s\u2019attraper une conjonctivite. Dans le pays le plus hygi\u00e9nique au monde, se choper quelque chose,\u00a0oh le balourd\u00a0! Apr\u00e8s coup, cet \u00e9pisode aura \u00e9t\u00e9 assez fun. Gr\u00e2ce aux Samy Naceri locaux, des taxis driver \u00e2g\u00e9s qui transportent d\u2019autres personnes \u00e2g\u00e9es dans les h\u00f4pitaux, nous nous sommes fait transporter dans la clinique de la ville d\u2019\u00e0 cot\u00e9. Puis, en tant qu\u2019\u00e9trangers, nous avons \u00e9t\u00e9 un peu l\u2019objet de toute leur attention, nous attendons \u00e0 peine pour passer, on nous accompagne \u00e0 la pharmacie, on nous explique gentiment, bref on nous pouponne.<\/p>\n<p>Une fois le rem\u00e8de miracle achet\u00e9, la vraie journ\u00e9e peut commencer. Ici, nous venons voir la caldeira du Mont Naka-Dake, une des plus actives au monde. Pour cela nous nous sommes concoct\u00e9s un programme pour randonner autour de cette marmite g\u00e9ante. Class\u00e9 comme le volcan le plus actif au Japon, la visite est strictement encadr\u00e9e par les autorit\u00e9s. Ce Mont l\u00e0 n\u2019est pas un rigolo, les gaz sulfureux qu\u2019il d\u00e9gage sont toxiques.\u00a0Les alentours sont d\u00e9coup\u00e9s en zones (A, B, C\u00a0 et D) ouvertes \u00e0 la visite lorsque les conditions de vent (puissance et direction) le permettent. Chanceux que nous sommes, quand nous arrivons sur le site un vent \u00e0 d\u00e9corner les b\u0153ufs s\u00e9vit. Pas le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, on fonce pour y aller\u00a0! Pile au moment de franchir la ligne de d\u00e9part, un surveillant nous coupe la route. Avec ce vent, la sanction est imm\u00e9diate, l\u2019ensemble du site est interdit \u00e0 la visite. D\u2019humeur taquine la nature nous joue un sale tour. Notre humeur, elle, devient orageuse. Se d\u00e9placer pour voir ce spectacle unique au monde et \u00e9chouer au pied de la montagne, litt\u00e9ralement, c\u2019est rageant. Face \u00e0 cela, une seule parade\u00a0: la patience. Il faut savoir qu\u2019ici les conditions sont suivies minute par minute, l\u2019ouverture peut intervenir \u00e0 tout moment. Deux, trois, dix, quinze minutes, rien ne se passe. On commence un peu \u00e0 se r\u00e9signer, on tra\u00eenasse dans le bunker qui tient lieu de centre d\u2019accueil pour passer le temps. Tout \u00e0 coup, une horde furieuse de japonais se pr\u00e9cipite vers le guichet du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. C\u2019est le signal, le site est ouvert\u00a0! Pour ne pas qu\u2019on nous referme la voie de la randonn\u00e9e, on se d\u00e9p\u00eache nous aussi.<\/p>\n<p>Dans un d\u00e9cor un peu lunaire, on grimpe lentement vers la caldeira. Au sommet, \u00e7a fume un max\u00a0! Pour voir l\u2019int\u00e9rieur du crat\u00e8re, faudra repasser. Seule la zone C est ouverte et la vue est \u00e0 peine meilleure que depuis le centre d\u2019accueil. La zone D, qui nous permettrait de voir le crat\u00e8re, est interdite au public, le sort s\u2019acharne sur nous\u00a0! Rebelote, on d\u00e9cide d\u2019attendre. Apr\u00e8s une bonne demi-heure d\u2019attente, les cordons de s\u00e9curit\u00e9 sont retir\u00e9s. Une bonne \u00e9toile veille sur nous, c\u2019est s\u00fbr\u00a0et elle a persuad\u00e9 m\u00e8re nature de nous laisser assister \u00e0 ce spectacle unique. Pendant quelques minutes \u00e0 peine, nous pourrons voir les entrailles glougloutantes du Naka-Dake. Great-O (comme ils disent ici)\u00a0! Cette eau d\u2019un bleu p\u00e2le et laiteux ne cesse de faire des bulles, on sent la terre vivre la dessous, c\u2019est un spectacle \u00e9tonnant. Le plaisir sera \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Le vent se remet \u00e0 souffler dans la mauvaise direction, il faut \u00e9vacuer, on comprend pourquoi. En Islande, l\u2019odeur du souffre \u00e9tait la seule g\u00e8ne, ici, en plus de cette odeur particuli\u00e8re (d\u2019\u0153uf pourri), on sent que les gaz sont plus nocifs, quelques bouff\u00e9es inspir\u00e9es et notre gorge nous d\u00e9mange d\u00e9j\u00e0. Avec tous ces al\u00e9as, notre programme de rando \u00e0 pris du plomb dans l\u2019aile. Au moins, nous avons vu l\u2019int\u00e9rieur de la b\u00eate. Pour finir, nous nous dirigerons vers notre arr\u00eat de bus \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0, dans un d\u00e9cor montagneux aux couleurs \u00e9tonnantes, une belle fin de journ\u00e9e\u00a0! Pour nous r\u00e9compenser de notre courage et notre patience, nous nous concocterons un bol de nouilles qui fera saliver nos colocataires\u2026<\/p>\n<p>En venant dans cette r\u00e9gion, nous avions une autre arri\u00e8re pens\u00e9e, se pr\u00e9lasser dans un onsen. \u00a0A deux pas de chez nous (plus ou moins selon la pointure) se trouve Kurokawa, ville thermale hyper r\u00e9put\u00e9e au Japon. A 500 yens la cure, faut pas se priver. En pleine nature, nous pouvons profiter des sources chaudes naturelles, au milieu de la for\u00eat, au bord d\u2019un petit ruisseau, c\u2019est le top. Dans ce genre d\u2019endroit, nous sommes vite gagn\u00e9s par la zenitude, on comprend ais\u00e9ment pourquoi les japonais s\u2019y pr\u00e9cipitent d\u00e8s qu\u2019ils le peuvent. Apr\u00e8s ce bain, nous sommes vid\u00e9s de toute \u00e9nergie, ne nous reste plus qu\u2019\u00e0 rentrer \u00e0 l\u2019auberge pour se concocter un petit bol de nouilles pour que notre journ\u00e9e soit parfaite.<\/p>\n<p>Fukuoka est r\u00e9put\u00e9e comme l\u2019une des villes o\u00f9 l\u2019on mange le mieux au Japon, il n\u2019en fallait pas plus pour nous y faire venir. L\u00e0-bas, nous changeons d\u2019atmosph\u00e8re, fini la petite ville encercl\u00e9e de montagnes comme \u00e0 Aso, nous sommes dans une grande ville, moderne, en bord de mer. Nous passerons une demi-journ\u00e9e \u00e0 arpenter ses rues, le temps de s\u2019impr\u00e9gner du caract\u00e8re de cette ville, qui malgr\u00e9 sa taille, garde une ambiance assez d\u00e9contract\u00e9e. La preuve, tous ces gens qui se pr\u00e9cipitent dans les parcs de la ville pour y faire des pique-niques top niveau. Veuve Clicquot, barbecue, matelas gonflable, lumi\u00e8re, table basse, on est loin du jambon-beure, cornichons, plaids et vin rouge de nos contr\u00e9es. Evidemment, tous n\u2019ont pas ce standing, en revanche, ils ont un point commun\u00a0: le plaisir de venir s\u2019installer en dessous des centaines de cerisiers en fleurs qui, comme une vague, ont submerg\u00e9 le Nishi Park. Ici, nous avons go\u00fbt\u00e9 une atmosph\u00e8re franchement conviviale, m\u00eame si nous n\u2019avions rien \u00e0 grignoter, snif.<\/p>\n<p>La tristesse sera de courte dur\u00e9e! Les yata\u00ef nous attendent. Dans ces petites gargotes faites d\u2019une cuisine sommaire et de quelques tabourets, le tout prot\u00e9g\u00e9 par une b\u00e2che en plastique (pour les plus luxueuses quelques planches de bois) on vous pr\u00e9pare la sp\u00e9cialit\u00e9 de la ville\u00a0: les Hakata ramen, des nouilles avec quelques lamelles de porc grill\u00e9. Des petits guignols, qui ne parlent que quelques mots d\u2019anglais, mais qui mettent de l\u2019ambiance dans leur \u00ab\u00a0restaurant\u00a0\u00bb, seront nos h\u00f4tes du soir. Ca crie, \u00e7a rigole, \u00e7a discute avec le client, tout cela est bon enfant et la nourriture tr\u00e8s bonne.<\/p>\n<p>Depuis la France, vous devez halluciner de nous entendre manger tant de nouilles. Certes nous sommes un peu addict, mais ici les sp\u00e9cialit\u00e9s r\u00e9gionales sont, pour beaucoup, \u00e0 base de nouilles (ramen, udon ou soba), donc si on veut manger local, on n\u2019a pas trop le choix. En d\u00e9gustant ces nouilles, nous n\u2019aurons qu\u2019un rapide aper\u00e7u de la qualit\u00e9 de la cuisine \u00e0 Fukuoka, nous aurons surtout profit\u00e9 des charmes de la ville, notamment ses parcs, plus que de tout le reste.<\/p>\n<p>De Fukuoka, nous rejoignons Yanagawa par le chemin des \u00e9coliers. M\u00eame si le parall\u00e8le est un peu excessif, on la qualifiera de Venise du Japon. On en est quand m\u00eame loin, mais c\u2019est pour vous donner une id\u00e9e. Donc oui, Yanagawa, est une petite ville quadrill\u00e9e par des canaux, mais les maisons ne sont pas non plus les pieds dans l\u2019eau. Ca reste quand m\u00eame tr\u00e8s mignon. En plus, le soleil est au rendez vous. Une fois embarqu\u00e9s sur notre \u00ab\u00a0donkobune\u00a0\u00bb (petite barque) on se laisse porter au rythme des efforts de notre boatman \/ guide. Un sacr\u00e9 num\u00e9ro celui l\u00e0, \u00e0 se fier aux rires des japonais, on devine qu\u2019il fait beaucoup d\u2019humour. Deviner, vous avez bien lu, \u00e0 part quelques rudiments d\u2019anglais, tout est expliqu\u00e9 en japonais. Du coup, m\u00eame si, gr\u00e2ce \u00e0 la gentillesse d\u2019une japonaise d\u2019Hawa\u00ef, nous avons eu quelques explications, la majorit\u00e9 nous est pass\u00e9e au dessus de la t\u00eate, comme les ponts qui jalonnent le parcours. Mais bon, berc\u00e9s par la voix de notre guide, et par ses chansons, nous nous sommes laiss\u00e9s porter sur ces canaux, un vrai moment de d\u00e9tente et de bonheur. A la fin de cet \u00e9pisode, nous sommes partis \u00e0 la d\u00e9couverte de la ville, mus par nos propres moyens cette fois ci. A cette heure de la journ\u00e9e, au moment du repas et du 13 heures de TF1, on s\u2019y sent un peu comme dans les villes de Provence. On a l\u2019impression que tout le monde est chez soi en train de faire une petite sieste, pendant qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur le soleil tape. Du coup, tout est tranquille, c\u2019est \u00e0 la fois de la d\u00e9couverte, mais aussi de la d\u00e9tente. Pour couronner le tout, nous avons d\u00e9gust\u00e9 le plat typique de la ville, l\u2019unagi. De l\u2019anguille grill\u00e9e selon une m\u00e9thode ancestrale, le tout sur un lit de riz parfum\u00e9 avec une sauce dont on ignore le nom, dans ce restaurant au d\u00e9cor raffin\u00e9 nous nous sommes r\u00e9gal\u00e9s, un pur bonheur.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00a0sur cette douce note que notre s\u00e9jour sur l\u2019\u00eele de Kyushu s\u2019ach\u00e8ve. Heureux d\u2019avoir enfin vu les cerisiers en fleurs, nous pouvons dor\u00e9navant mettre le cap plus au Nord pour continuer \u00e0 d\u00e9couvrir Honshu, l\u2019\u00eele principale du Japon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis les contr\u00e9es chaudes du Sud, jusqu\u2019aux confins nordistes du Japon, le Sakura zensen (litt\u00e9ralement front de floraison des cerisiers) remonte tout l\u2019archipel. A kyoto, il n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9, bad luck\u00a0! 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